Mozart - Prokofiev

CD1 Wolfgang Amadeus Mozart 1756-1791
Rondo en la mineur
Sonate en ré majeur
Douze variations en do majeur sur "Ah, vous dirai-je, Maman"

CD2 Sergeï Prokofiev 1891-1953
Toccata op.11
Sonate n.3 en ré mineur op.28
Six pièces de Roméo & Juliette op.75

DVD bonus
Lise de la Salle, Majeure !
Un documentaire (26') de Jean-Philippe Perrot

2 CD + 1 DVD naïve
Ref. : OP 30453

" Fermez les yeux et essayez de vous imaginer ..."
Par Lise de la Salle

" Fermez les yeux et essayez de vous imaginer différents tableaux. Tout d'abord trois univers mozartiens très différents : un Mozart profond, avec un ciel chargé et lourd, triste et résigné dans le rondo ; oeuvre de fin de vie, annonciatrice d'un Schumann ou d'un Schubert, qui change de la forme classique à laquelle Mozart nous a habitués. Faites place ensuite à un tableau plus enjoué avec la sonate, celui d'un Mozart de dix-neuf ans, primesautier et plein d'espoir. Tout le défi de l'interprète étant de travailler sur l'évolution cohérente de ces trois mouvements, avec le final étonnamment long par rapport à la structure de la sonate elle-même ; il ne faut pas perdre l'attention de l'auditeur ! Les variations sur le thème populaire "Ah, vous dirai-je, Maman",oeuvre de commande, illustrent quant à elles un Mozart plein d'humour et de spiritualité, un vrai petit bijou trop souvent injustement décrié. Imaginez une succession de petites scènes : la moqueuse, la riante ou encore la douloureuse. Mozart multiplie les procédés techniques avec des retards rythmiques et des décalages harmoniques tout en conservant une simplicité d'écriture à couper le souffle. Il s'amuse et prend du plaisir.

Imaginez maintenant trois univers tout autres, ceux de Serge Prokofiev. Une oeuvre de jeunesse influencée par l'ère industrielle, par sa mentalité implacable et dure, sans pitié : la toccata. Fermez les yeux et imaginez des chars de guerre détruisant tout sur leur passage, une puissance et une force inflexibles sans humanité aucune. Prokofiev dans la deuxième partie de cette oeuvre rajoute des coups de griffes, des petites claques pour finir sur une explosion. Toute la difficulté de l'interprète, face à cette pièce techniquement très difficile, est de l'interpréter à l'image de l'Ïuvre elle-même c'est-à-dire sans faille, devenant lui-même un interprète implacable. Dans la sonate n¡3, imaginez plutôt des chants populaires résonnant dans la campagne russe, une ballade rythmée et vive ; puis un horizon d'une grande pureté et à perte de vue dans le moderato. Une steppe désertique avec un ciel pur, de temps en temps un peu de brouillard, une atmosphère hivernale. Enfin, restez dans cette logique de concert qui m'est si chère et plongez-vous dans l'univers du ballet avec les six extraits de Roméo & Juliette (et non les dix pièces dans leur intégralité), et imaginez sur cette musique la célèbre chorégraphie de Rudolf Noureev. Derrière une certaine tension et une volonté presque destructrice, une animalité, "Les Montaigu et les Capulet", devinez et sentez la puissance du sentiment amoureux et humain, "Roméo dit adieu à Juliette". C'est l'illustration même du voyage musical où l'on peut retrouver note pour note l'âme de l'histoire dans la musique.

Mozart et Prokofiev ont composé ces oeuvres pour piano avec une clarté et une précision fascinantes qui n'excluent pourtant pas le lyrisme. Leur style très classique, à la ligne mélodique d'une grande pureté, évolue d'une mesure à une autre ; on y retrouve alors un grand élan lyrique, une grande phrase où la musique se fait plus charnelle, puis l'on revient à cette précision de départ. Ce sont deux voyages musicaux singuliers et émouvants. "

Lise de la Salle

Photos :
Lise de la Salle © Stéphane Gallois / naïve

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